Parentalité positive : quand vouloir faire l’inverse de ses parents devient un piège
- psyconstellations

- 15 mai
- 3 min de lecture
Pourquoi beaucoup de parents construisent leur éducation en réaction à leur propre enfance, au risque de passer d’un extrême à l’autre.

« Moi, je ne ferai jamais vivre ça à mes enfants. »
Cette phrase me revient souvent en séance.
Elle surgit presque spontanément lorsque des adultes évoquent leur enfance, leur relation à leurs parents ou les manques qui ont marqué leur construction.
Pour certains, il s’agit d’avoir grandi dans un climat d’autorité rigide, de distance émotionnelle ou d’exigences élevées, où les émotions trouvaient peu de place.
Pour d’autres, c’est l’absence de disponibilité affective, le manque de reconnaissance, ou cette sensation douloureuse de ne pas avoir été suffisamment vus, entendus ou sécurisés.
Alors, en devenant parent, une promesse intérieure se forme : faire autrement.
Faire mieux. Réparer, parfois sans même en avoir conscience, quelque chose de son histoire à travers la relation à son enfant.
En consultation, j’entends souvent :
« Vu comment j’ai été élevé(e), j’ai voulu faire totalement différemment avec mes enfants. »
Et c’est profondément humain.
Beaucoup de parentalités contemporaines naissent ainsi d’un mouvement de réaction :
ne pas reproduire ce qui a fait souffrir ;
dire davantage oui quand on a trop entendu non ;
écouter là où l’on s’est senti ignoré ;
consoler là où l’on a dû grandir trop vite.
Cette intention est sincère et souvent pleine d’amour.
Elle traduit le désir d’offrir à son enfant ce que l’on aurait soi-même eu besoin de recevoir.
Mais entre ne pas reproduire et construire un modèle éducatif ajusté, un écart existe.
Car faire l’inverse n’est pas toujours synonyme d’équilibre.
Lorsque notre parentalité se définit principalement en opposition à notre propre histoire, nous risquons parfois de rester organisés par elle… différemment, mais toujours sous son influence.
Autrement dit : nos parents continuent parfois de guider nos choix éducatifs, même quand nous essayons précisément de faire le contraire.
Ainsi, certains parents ayant souffert d’une éducation autoritaire peuvent avoir peur de poser des limites, par crainte de ressembler à leurs propres parents.
D’autres, marqués par l’absence ou l’imprévisibilité, peuvent sur-investir la relation et chercher à répondre à tout, au risque d’effacer progressivement leur place d’adulte contenant.
Notre époque valorise la parentalité positive, l’écoute émotionnelle et la sécurité affective — des avancées précieuses après des générations où les besoins psychiques de l’enfant étaient moins considérés.
Mais à force de vouloir ne surtout pas reproduire, on peut parfois partir dans l’autre extrême sans même s’en rendre compte.
Un peu comme un pendule.
Lorsqu’il a été tiré très fort d’un côté pendant des générations — autorité, rigidité, distance émotionnelle, obéissance — il ne s’arrête pas miraculeusement au milieu lorsqu’on le relâche.
Non.
Il repart souvent très fort de l’autre côté.
Et c’est parfois ce que l’on observe aujourd’hui.
Des parents qui veulent tellement bien faire qu’ils finissent épuisés à négocier avec un enfant de 4 ans sur la nécessité existentielle de mettre des chaussures pour aller à l’école.
Des parents qui culpabilisent de dire non.
Qui se demandent si frustrer leur enfant 7 minutes ne risque pas de provoquer un traumatisme intergénérationnel sur trois générations.
Rassurons-nous : non !!!
Cela soulève alors une vraie question :
Comment transmettre amour, sécurité et reconnaissance sans perdre sa capacité à frustrer, cadrer et incarner une autorité structurante ?
Autrement dit :comment ne pas reproduire le passé sans construire uniquement contre lui ?
L’enjeu n’est donc ni de répéter, ni d’inverser.
L’enjeu est de transformer.
Ne pas faire payer à ses enfants son histoire.
Ne pas leur demander de réparer ce que l’on n’a pas reçu.
Ne pas chercher à devenir le parent parfait(spoiler : il n’existe pas, et c’est probablement une bonne nouvelle).
Mais essayer, plus humblement, d’être un parent suffisamment bon.
Un parent capable de dire :
« Je comprends que tu sois en colère… et la règle reste la même. »
Un parent qui aime assez pour rassurer.
Et qui aime aussi assez pour frustrer quand c’est nécessaire.

Au fond, grandir comme parent, c’est peut-être cela :cesser progressivement d’éduquer contre ses propres parents…
… pour commencer à éduquer en conscience.
En se demandant non plus :
« Comment réparer mon enfance ? »
Mais plutôt :
« De quoi mon enfant a-t-il réellement besoin pour devenir un adulte solide, libre et capable d’aimer ? »
Et parfois, la réponse tient dans un équilibre bien moins spectaculaire qu’on ne l’imagine :
un peu plus de conscience, un peu moins de culpabilité, et probablement moins de négociations autour des brocolis… ou du temps d’écran. Basta



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