"Là-bas non plus, la clôture n’est pas faite de saucisse "
- psyconstellations

- 11 avr.
- 3 min de lecture
Il y a des phrases qui traversent les générations. Des phrases qui restent, même quand les personnes changent, même quand les vies s’éloignent.
Quand ma mère est partie vers l’Ouest, ma grand-mère lui répétait souvent un proverbe hongrois :« Nincs ott se kolbászból a kerítés. »
Littéralement :« Là-bas non plus, la clôture n’est pas faite de saucisse. »
Une image presque drôle, si elle n’était pas aussi chargée de sens.
Ce que disait vraiment ma grand-mère
Derrière cette phrase, il y avait bien plus qu’un simple proverbe.
Il y avait une mise en garde :
Ne crois pas que ce sera mieux ailleurs.
Mais il y avait aussi, peut-être, quelque chose de plus silencieux :
Pourquoi partir ? Pourquoi nous laisser ?
Car partir vers l’Ouest, à cette époque, ce n’était pas juste changer de lieu. C’était changer de monde. Et pour ceux qui restaient, cela pouvait ressembler à un abandon.
Entre peur et amour
Avec le recul, je me demande souvent :est-ce que ma grand-mère parlait de la réalité… ou de sa peur ?
Peut-être même y avait-il, en filigrane, une forme de reproche.
Car elle, elle était restée. Elle avait pris soin de ses parents vieillissants. À cette époque, à la campagne, naître et mourir dans la même rue était presque la norme.
Alors partir, forcément, ne pouvait pas être un geste neutre.
Il y avait sans doute plusieurs peurs mêlées : la peur que sa fille souffre, la peur de la perdre, la peur que le lien se dilue avec la distance, et peut-être aussi, plus silencieuse encore… la peur de se retrouver seule.
Alors elle parlait avec les mots qu’elle avait. Des mots simples, presque rustiques. Mais profondément humains.
Ce que ma mère a reçu… et transformé
Ma mère, elle, a entendu ces mots. Elle a vécu ce départ. Elle a porté, sans doute, une part de cette culpabilité silencieuse.
Et pourtant, quand c’est à mon tour de partir, elle me dit :« Vas-y, vis ta vie, sois heureuse… même si c’est loin de moi. »
Même si c’est loin de moi.
Il y a quelque chose de bouleversant dans cette phrase. Comme un renversement. Comme une réparation invisible.
Ce qui a changé
Entre ces deux générations, quelque chose s’est déplacé.
Ma grand-mère aimait peut-être en retenant. Ma mère aime en laissant partir.
Non pas parce qu’elle aime moins. Mais peut-être parce qu’elle a appris autrement.
Elle a connu ce que ça fait de partir avec, en arrière-plan, le poids du reproche. Alors elle choisit de ne pas transmettre ce poids.
Une autre manière d’aimer
Aujourd’hui, ce proverbe résonne différemment en moi.
Oui, « là-bas non plus, la clôture n’est pas faite de saucisse ».Oui, ailleurs n’est pas un paradis.
Mais ce n’est plus ça, le plus important.
Ce qui compte, c’est peut-être autre chose : pouvoir partir sans se sentir coupable, pouvoir aimer sans être retenu, pouvoir rester lié, même à distance

Hériter… et transformer
Nous héritons tous de quelque chose :
de phrases
de peurs
de loyautés
Mais nous avons aussi ce pouvoir discret : transformer ce que nous transmettons
Ma grand-mère transmettait une prudence mêlée de peur.
Ma mère transmet une liberté teintée d’amour.
Et moi, je me tiens quelque part entre les deux. À essayer de comprendre. À essayer de garder le lien… sans m’y enfermer, sans peur, sans reproches, sans culpabilités
et Quand mon fils me dit "
Maman j'irais vivre à Tahiti" je souris, et lui dit simplement
"Moi aussi ;-) "
Et si ces histoires familiales, ces loyautés invisibles, ces phrases héritées influençaient encore vos choix aujourd’hui ?
C’est précisément ce que j’explore dans mon travail de thérapeute en psychogénéalogie -mettre en lumière ce qui se transmet, souvent à notre insu, pour permettre de s’en libérer en douceur.
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Et si ce texte résonne pour vous, je serai ravie d’échanger avec vous.



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